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Opération Frankton

Le samedi 5 mars 2011, les Amis du Vieux Blaye s’étaient donnés rendez-vous à la maison du syndicat viticole, pour assister à une conférence sur l’opération Frankton.

Le conférencier s’étant attaché à présenter Bordeaux au tout début des années 40 et à mettre en exergue certains points particuliers de l’opération, nous avons jugé utile, au regard des questions et commentaires de l’auditoire, d’apporter quelques précisions sur cette épopée véritablement héroïque, dont l’un des épisodes s’est déroulé dans les environs immédiats de Blaye.

Depuis une période relativement récente, de nombreux sites Internet traitent, avec plus ou moins de bonheur, de l’opération Frankton. Nous n’en recommanderons aucun, étant donné que chacun a la possibilité aujourd’hui de trouver, grâce à son moteur de recherche préféré, une réponse aux questions qu’il peut se poser sur l’exploit réalisé par ces soldats anglais, qui, nous devons le reconnaître, étaient bien seuls en ce mois de décembre 1942...
Il convient de souligner que les lignes qui suivent ont été rédigées à partir du premier livre retraçant les faits, "Cockleshell Heroes", écrit en 1956 par Lucas Phillips en collaboration avec le Lieutenant-colonel Hasler qui fut le chef du commando.
Ce livre à été traduit (avec quelques maladresses...) en français et édité par Calmann-Levy en 1957, sous le titre "Opération coque de noix".
Enfin, la lecture d’un ouvrage récent (2012) écrit par un fin connaisseur de cette période a permis d’apporter d’utiles précisions. Il s’agit de "A Brilliant little Opération" écrit par Lord Paddy Ashdown. Ce livre n’est pas disponible en français.

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Le contexte de l’opération Frankton.

Dès le déclenchement des hostilités, en septembre 1939, les flottes française et anglaise tentent d’imposer un blocus maritime aux navires allemands.
Après les tragiques évènements de 1940, la flotte anglaise se retrouve seule pour continuer ce blocus et faire face au contre-blocus des Allemands, désormais maîtres des côtes de l’ouest européen, du cap Nord à St jean de Luz : ce sera la bataille de l’Atlantique.

Assez rapidement, il s’avère que des navires battant pavillon allemand parviennent à "forcer" le blocus et à entretenir des échanges commerciaux avec, notamment, les zones sous occupation japonaise. Il s’agit essentiellement d’importer des matières premières introuvables en Europe (caoutchouc, métaux rares, thé, cires végétales et certains produits pharmaceutiques, quinine et opium notamment pour la fabrication de médicaments, etc.) et d’exporter, en retour, des machines outils, des pièces d’armement voire des prototypes d’armes.

Le port de Bordeaux est idéalement situé pour ce commerce : il est suffisamment éloigné des côtes britanniques, solidement tenu par les forces allemandes et bien desservi par le chemin de fer [1].

A partir de mai 1942, le ministre britannique de la guerre économique met en garde Churchill contre l’ampleur du trafic et ses conséquences inévitables.

Il importe de souligner qu’en ce milieu de l’année 42, la situation n’est guère brillante pour les Alliés : en Afrique, Rommel prend Tobrouk début juin et repousse les Anglais jusqu’à El Alamein aux portes de l’Egypte ; en Russie, la Whermacht atteint la Volga et la Crimée ; dans l’Atlantique, les sous-marins allemands font un ravage, notamment au large des côtes américaines (plus de 600 000 tonnes coulées en juin) ; en Asie, les Japonais ont surpris (??...) les Américains et sont devenus les maîtres jusqu’aux portes des Indes britanniques…

Dans ce cadre, Churchill, qui a parfaitement conscience de la situation générale, donne l’autorisation de mener une action offensive contre les "forceurs de blocus". La mission est confiée au commandement des opérations combinées (Combined Operations Head Quarters, en abrégé : COHQ), organisme créé en juin 1940 à la demande du Premier ministre en personne, pour entraîner et employer des troupes de choc auquel il croit beaucoup : les commandos.

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Combined Operations

écusson de manche des "Opérations Combinées"

Le COHQ est un état-major opérationnel distinct de ceux des trois armées (British Army, Royal Navy et Royal Air Force) destiné à la préparation, la planification et la conduite d’opérations offensives sur les côtes et dans les terres occupées par les forces de l’axe, depuis la Norvège jusqu’en Asie en passant par les côtes méditerranéennes.

L’idée générale est qu’il ne faut pas se concentrer uniquement sur la défense de l’Angleterre, mais au contraire passer à l’offensive en utilisant tous les moyens possibles et imaginables. A cet effet, le COHQ dispose de ses propres troupes ("Spécial Service Brigade" forte de plus de 1200 hommes), de son propre centre d’instruction, de ses propres moyens de débarquement, etc.

Lord Louis Mountbatten en prend le commandement le 27 octobre 1941.

Début 42, un certain Major (commandant) Hasler est affecté au COHQ, avec la mission d’étudier toutes les méthodes secrètes d’attaque de navires dans un port. Il a été choisi car il vient de rédiger un mémoire convaincant sur la possibilité d’utiliser des kayaks dans ce genre d’action. Si à cette époque les Anglais connaissent les méthodes non conventionnelles d’attaque de navires dans un port pour en avoir subi les effets, notamment de la part des Italiens à Gibraltar et en Crète, ils ne possèdent en revanche pas de savoir-faire particulier en la matière.

Le 6 juillet 42, un organisme particulier chargé de préparer ce type d’attaque est officiellement créé et placé sous le commandement d’Hasler : c’est le Royal Marine Patrol Boom Detachement (RMPBD) qui compte 34 hommes, organisés en deux sections de 12 et une équipe technique. [2] Seul l’encadrement est d’active, les exécutants sont choisis parmi des volontaires recrutés au sein des Royal Marines. Il s’agit de jeunes britanniques qui se sont engagés juste pour la durée de la guerre.

L’entraînement auquel Hasler soumet son groupe est très physique : mise à l’eau et navigation en mer avec tous les types de petits bateaux existants dans l’armée anglaise ; puis, à partir de septembre 42, uniquement sur des kayaks ; natation sur et sous l’eau ; mise en œuvre d’explosifs ; tirs à toutes les armes ; infiltration et exfiltration, sur terre et sur mer ; vie en zone hostile sur une côte et tout cela de jour comme de nuit, quelles que soient les conditions météo.

Dès septembre 42, les hommes s’entraînent uniquement sur un bateau mis au point par Hasler et l’équipe technique : le cockle n° 2. Il s’agit d’un véritable kayak de mer, avec un coffrage en contre plaqué recouvert de toile caoutchoutée, équipé de 3 patins sur toute la longueur du dessous pour pouvoir être traîné sur le sol sans risque de déchirer la toile, enfin les bords du kayak sont constitués de parois amovibles permettant à l’esquif de "s’affaisser" sur lui-même pour tenir moins de place. Les dimensions et capacités du cockle 2 sont les suivantes [3]
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chargement

Plan de chargement d’un kayak tel qu’utilisé par les Frankton.

  • longueur = 4,80 m ;
  • largeur = 0,65 m ;
  • tirant d’eau = 15 cm ;
  • tirant d’air = 28 cm ;
  • poids = 40 kg ;
  • capacité d’emport = 75 kg (en plus de l’équipage),
  • poids total de l’ensemble = environ 280 kg.

Remarque  : en fait, pour l’opération Frankton, les bateaux seront chargés à 300 livres (environ 136 kg, dont 8 mines magnétiques de 5 kg chacune par bateau).

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Chronologie générale de l’opération.

  • 21 septembre 42, le principe d’une action contre les cargos "forceurs de blocus" dans le port même de Bordeaux et à l’aide de kayaks est entériné ;
  • le 21 octobre, le synopsis rédigé par Hasler, est accepté , la section n° 1 est retenue, Hasler commandera lui-même le raid (les hommes ignorent tout du projet et ils seront tenus dans le secret jusqu’à la dernière minute) ;
  • début novembre, entraînement en Ecosse (froid, courants plus importants que dans le sud de l’Angleterre, mise en œuvre des mines magnétiques en vraie grandeur,etc.) ;
  • 7 novembre exercice de synthèse "Blanket" sur l’estuaire de la Tamise : c’est un échec total, à l’issue retour en Ecosse et poursuite de l’entraînement ;
  • lundi 30 novembre, embarquement avec tout le matériel à bord du sous-marin Tuna : la mission sur Bordeaux est annoncée aux membres du commando. Pendant toute la traversée, Hasler explique longuement à ses hommes la mission dans ses moindres détails, il leur donne les consignes générales et particulières, notamment celles liées à l’exfiltration, ainsi que les différentes conduites à tenir en cas de problème, enfin, il tente de leur apprendre quelques mots de français étant entendu qu’à part lui personne ne parle notre langue ;
  • lundi 7 décembre, entre 19 et 21h00, débarquement du commando par 45° 22’ de latitude Nord et 1° 14’ de longitude Ouest, soit à environ 6 km au large de Montalivet.

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Composition du commando.


Pour des raisons de commodité, le commandant Hasler a donné un nom à chacun des kayaks (passionné par la mer, il ne pouvait que choisir des noms de poissons...).

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  • Equipe A.
  1. Commandant Hasler et marine Sparks avec le "poisson-chat" (catfish) ;
  2. Caporal Laver et marine Mills avec "l’écrevisse" (crayfish) ;
  3. Caporal Sheard et marine Moffat avec le "congre" (conger).

    -

  • Equipe B.
  1. Lieutenant MacKinnon et marine Conway avec le "seiche" (cuttlefish) ;
  2. Sergent Wallace et marine Ewart avec le "morue noire" (coalfish) ;
  3. Marine Ellery et Fischer avec le "cachalot" (cachalot).

Les objectifs initiaux de chaque équipe sont les suivants :

  • port de Bordeaux rive ouest pour les chefs d’équipes (les n° 1),
  • port de Bordeaux rive est pour les adjoints (les n° 2),
  • quai de Bassens nord et sud pour les subordonnés (les n° 3).

La mission de chaque kayak consiste à poser deux mines sur les quatre plus gros cargos de sa zone ; l’équipe A sur l’amont des navires, l’équipe B sur l’aval. Ainsi, ce sont 12 cargos qui pouvaient être, potentiellement, au mieux coulés, au pire endommagés.

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Déroulement détaillé de l’opération.

Généralement, le déroulement de l’opération Frankton est présenté à travers le parcours du seul équipage ayant survécu : celui du "poisson-chat" (commandant Hasler et marine Sparks).

Pour une meilleure perception d’ensemble de cette extraordinaire épopée, nous avons voulu replacer les évènements dans l’ordre chronologique de leur déroulement.

L’attention du lecteur est attirée sur le fait que cette approche ne correspond en rien au vécu de la situation par les membres du commando : en effet, après avoir perdu le contact entre eux, les différents équipages ignoraient tout du sort des autres et du devenir de la mission…

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Nuit du lundi 7 au mardi 8 décembre.

  • Vers les 20h00, début de la mise à l’eau des embarcations : le "cachalot" est endommagé lors de la sortie du sous-marin, la mission est annulée pour Ellery et Fischer.
  • Le Tuna est repéré par les radars allemands, la côte est alors éclairée par intermittence pour déceler toute approche de la plage.
  • A minuit les 5 kayaks arrivent groupés à l’ouest de Soulac à environ 2,5 km de la côte.
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    Conger

    L’équipage du "Congre", le caporal Sheard et le marine Moffat (à droite).

  • Vers 01h00 du matin, franchissement des forts remous provoqués par la montée de la marée sur les hauts fonds du Banc des Olives [4], perte de contact avec "morue noire" et ses occupants (Wallace et Ewart).
  • Vers 02h00 du matin, avant le passage de la pointe de Grave, franchissement des hauts fond du Banc du Gros Terrier (nouvelle zone de forts remous), le "congre" chavire, Sheard et Moffat sont à l’eau, ils sont pris en remorque par les kayaks d’Hasler et de MacKinnon, le "congre" est lacéré au poignard pour être coulé.
  • Trente minutes plus tard, passage de la pointe de Grave et arrivée dans la troisième zone de remous (moins importante toutefois que les deux premières).
  • Vers les 03h00, approche du môle du Verdon, abandon de Sheard et de Moffat à qui il est demandé de regagner la rive à la nage et de tenter l’évasion vers l’Espagne, tel que cela était prévu en cas d’échec lors de l’infiltration.
  • Passage du môle du Verdon à proximité immédiate duquel les navires de la "flottille de la protection de la Gironde" sont alignés pour une revue qui doit avoir lieu le lendemain, perte de contact avec le "seiche" (MacKinnon et Conway).
  • Vers les 04h00, Wallace et Ewart avec le "morue noire", qui avaient poursuivi seuls après leur perte de contact, chavirent prés du phare de la pointe de Grave. Ils nagent jusqu’à la côte où ils seront fait prisonniers peu avant l’aube, de plus, les Allemands découvrent les restes de leur kayak.
  • Vers les 08h00, le "poisson chat" et "l’écrevisse" se camouflent dans les roseaux de la Pointe des Oiseaux après onze heures de navigation et un parcours d’environ 42 km.
  • Dans la journée, contact avec des pêcheurs locaux à qui il est demandé de ne rien dire.
  • On ne possède aucune information sur ce que fait l’équipage du "seiche".
  • En fin de journée, Wallace et Ewart sont transférés à Royan pour y être interrogés par la Kriegsmarine.
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    Coalfish

    L’équipage du "morue noire", le sergent Wallace (à gauche) et le marine Ewart.

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Nuit du mardi 8 au mercredi 9 décembre.

  • 11h30 mise à l’eau des deux kayaks restants, traversée de l’estuaire pour rejoindre la rive droite ;
  • Vers les 5h30 du matin (à l’étale de la marée), arrivée dans une zone où se trouve actuellement la centrale nucléaire du Blayais, juste en face St Estèphe (6 heures de navigation et environ 40 km parcourus). Contact avec un paysan, métayer de la ferme La Présidente, qui promet de se taire.
  • Toute la journée, Wallace et Edwart sont interrogés par les officiers de renseignement de la Kriegsmarine : ils ne disent rien qui puisse révéler et compromettre la mission du commando.
  • On ne possède aucune information sur ce que fait l’équipage du "seiche".

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Nuit du mercredi 9 au jeudi 10 décembre.

  • A la tombée de la nuit, les équipages du "poisson chat" et de "l’écrevisse" mettent leur embarcation à l’eau pour reprendre l’infiltration ;
  • Navigation pendant quelques heures pour profiter de la marée montante et de la nuit, vers les 21h00, renversement de marée, mise à terre et attente sur l’île située en face St Julien de Beychevelle (distance parcourue environ 12 km) ;
  • Vers les 3h00 du matin, nouvelle mise à l’eau, traversée du chenal et navigation le long de la rive gauche ;
  • Vers les 7h30, arrivée à la pointe Sud de l’île Cazeaux (4 heures et environ 20 km parcourus) ;
  • A 4h00, Wallace et Ewart sont conduits à Bordeaux pour être livrés à la gestapo et être interrogés "par tous les moyens".
  • l’équipage du "seiche", qui a poursuivi la mission en isolé, arrive sur l’Ile Cazeaux à quelques kilomètres des équipages du "poisson chat" et de "l’écrevisse", mais vraisemblablement sur la côte orientale de l’île.

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Nuit du jeudi 10 au vendredi 11 décembre.

  • Vers les 19h00 mise à l’eau du "poisson chat" et de "l’écrevisse" et arrivée à 23h00 en face Bassens Sud, dans les roseaux, juste au-delà d’un ponton, soit approximativement à 1 km au nord de l’actuel pont d’Aquitaine (4 heures et environ 16 km parcourus) ;
  • Vers 21h00, le "seiche" (MacKinnon et Conway) est fortement endommagé par un obstacle au large du bec d’Ambès, il coule, les deux occupants regagnent la rive à la nage et partent à pied en direction du SE, vers Sauveterre de Guyenne.
  • Toute la journée du vendredi Wallace et Ewart sont interrogés et torturés par la gestapo, ils parlent, mais ne dévoile rien qui puisse compromettre l’action du commando.

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Pose des mines magnétiques

Pendant que l’un des équipiers maintient le kayak grâce à un crampon aimanté, l’autre plaque la mine sous la ligne de flottaison à l’aide d’une perche rétractable.

Nuit du vendredi 11 au samedi 12 décembre.

  • 21h00, amorçage des mines par les équipages du "poisson chat" et de "l’écrevisse" ;
  • 21h15, mise à l’eau pour profiter encore de la marée montante (étale à minuit) ;
  • 22h30 arrivée sur zone (environ 4 km au sud de la dernière position, au-delà de l’écluse et sur les deux rives) pose des mines (rive gauche : 3 sur un cargo, deux sur un dragueur de mines, 2 sur un cargo et 1 sur un pétrolier ; rive droite : 5 et 3 sur deux cargos ; soit 6 bateaux attaqués, 4 à Bordeaux et 2 à Bassens sud, au total 50 % des cibles potentielles) ;
  • A minuit trente, en application de la directive d’Hitler sur les commandos, Wallace et Ewart sont fusillés à la lueur des phares d’un camion, à Blanquefort (il s’agit de l’ancien "château Dehez", devenu aujourd’hui "château Magnol") ;
  • Sensiblement à la même heure, début du repli pour les équipages du "poisson-chat" et de "l’écrevisse" en longeant la rive gauche de l’estuaire pour éviter le projecteur qui balaie régulièrement le bec d’Ambès. Par un extraordinaire coup de chance, les deux bateaux se retrouvent à nouveau sur cet immense plan d’eau, après un rapide compte-rendu de Lavers, Hasler décide de rester grouper. Ils traversent l’estuaire avant fort Pâté, passent devant Blaye, puis devant le paquebot de Grasse et arrivent à environ 1,5 km nord de la citadelle vers les 6h00 (5 heures de navigation et environ 40 km parcourus + les 5 de l’approche, soit 45 km en tout) ;
  • Séparation des équipes, sabordage des kayaks et début de l’exfiltration à pied, Hasler et Starks se réfugient dans un petit bois à mi-chemin entre St Genès-de-Blaye et Fours où ils arrivent au lever du jour (ils sont à environ 2 km de l’estuaire).
  • Entre 7h00 du matin et 13h00, explosion des mines magnétiques.
  • Dans la journée, découverte par les Allemands des restes des deux kayaks abandonnés prés de Blaye où ils ont été amenés par la marée montante ainsi que d’une mine n’ayant pas fonctionné sous l’un des navires attaqués à Bordeaux.
  • MacKinnon et Conway progressent à pied vers Sauveterre de Guyenne.

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Nuit du samedi 12 et dimanche 13 décembre.

  • 17h30 locale (en fait à la tombée de la nuit), départ de Hasler et Sparks en direction du NE, ils évitent toute habitation, le lendemain au lever du jour ils bivouaquent dans un bois, 1,5 km environ, plein sud de Reignac (13 heures de marche de nuit, progression de 13 km par rapport au point de départ) ;
  • Dans la journée, recherche de vêtements civils et poursuite de la progression de jour en civil (6 km), passage par Brignac, bivouac à la nuit tombée dans un bois au sud de Donnezac.
  • MacKinnon et Conway progressent à pied vers Sauveterre de Guyenne.
  • Laver et Mills progressent à pied en direction de l’Est.

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Lundi 14 décembre.

  • 6h30, départ de Hasler et Sparks, utilisation des axes, passage par Donnezac, contournement de Montendre, passage par Rouffignac, Villexavier, Ozillac, progression de 28 km, aucun contact avec la population, bivouac à la nuit tombée dans un bois prés de St Germain de Vibrac ;
  • MacKinnon et Conway progressent à pied vers Sauveterre de Guyenne.
  • Capture de Laver et de Mills à Montlieu Lagarde (ils ne sont pas parvenus à se procurer des vêtements civils et ont été dénoncés à la gendarmerie par deux collaborateurs).
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    Crayfish

    L’équipage de "l’écrevisse", le caporal Laver (à gauche) et le marine Mills.

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Mardi 15 décembre.

  • Départ de Hasler et Sparks au lever du jour, progression et quête de nourriture, traversée de St Ciers Champagne, contournement de Barbézieux, traversée de Barret, passage de Touzac, arrivée au sud de St Preuil (progression de 29 km), Ils sont conduits dans une ferme isolée (ferme de Nâpres) où réside un bûcheron communiste et sa famille qui leur offrent leur premier vrai repas et premier véritable repos depuis la sortie du sous-marin.
  • Laver et Mills sont conduits à Saintes pour y être interrogés par les Allemands.
  • MacKinnon et Conway progressent vers Sauveterre de Guyenne.

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Mercredi 16 décembre.

  • Départ vers les 9h00 de la ferme de Nâpres, accompagnés par les deux fils du bûcheron qui doivent les guider, passage par St Preuil, St Même les Carrières, franchissement de la Charente au pont de la Vinade, passage par Rochefort, Triac, Hantin, arrivée à Le Temple, bivouac dans une cabane abandonnée la nuit venue (progression de 24 km).
  • Laver et Mills sont toujours interrogés par les Allemands à Saintes.
  • MacKinnon et Conway sont logés et nourris par des patriotes au village de Baigneux, le lieutenant Mackinnon traîne la jambe, il s’est blessé au genou, probablement lors du naufrage.

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Mardi 17 décembre.

  • Départ au lever du jour, passage par St Fraigne, Beaunac, recherche de nourriture, finalement un fermier les nourrit et leur offre sa grange ;
  • A 23h00, réveil intempestif, ayant été vus par par des voisins curieux, le fermier leur demande de partir rapidement, ils reprennent la route en pleine nuit pour bivouaquer dans une meule de foin quelque part au SO de Souvigné (progression totale d’environ 16 km). [5]
  • Laver et Mills sont toujours interrogés par les Allemands à Saintes.
  • MacKinnon et Conway sont logés et nourris dans une ferme entre Baigneux et Cessac, à environ 10 km au Nord-Ouest de Sauveterre de Guyenne.
  • le corps de Moffat est retrouvé près de La Pallice, sur Le Bois-Plage-en-Ré (île de Ré) avec le kayak, à quelques 100 km de la baie du Verdon. Celui de son équipier ne sera jamais retrouvé.

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Mercredi 18 décembre.

  • Départ à l’aube, passage par Raix, La Faye, arrivée à Ruffec, contact avec la résistance.
  • Laver et Mills sont toujours interrogés par les Allemands à Saintes.
  • MacKinnon et Conway reprennent leur progression, ils sont arrêtés en fin de journée par la gendarmerie française à La Réole.

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Jeudi 19 décembre.

  • Départ de Ruffec en camionnette ;
  • Dans la nuit, passage de l’ancienne ligne de démarcation par des guides au SO de Benest ;
  • Cache dans une ferme à Saint-Coutant au lieu-dit "Marvaud" et tentative de contact, par les Résistants, avec un réseau d’évasion (en fait, Hasler et Sparks resteront cachés dans cette ferme pendant 18 jours).
  • Laver et Mills sont conduits à Bordeaux et pris en compte par les membres du SD ayant déjà traités le cas de Wallace et Ewart.
  • MacKinnon est hospitalisé à La Réole, l’on ne sait rien de Conway qui doit probablement être emprisonné à la brigade de gendarmerie.

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Pendant une dizaine de jours

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Cuttlefisch

L’équipage du "seiche", le lieutenant MacKinnon (à gauche) et le marine Conway.

  • Mackinnon est à l’hôpital de La Réole et Conway emprisonné (?) à la gendarmerie de la même localité.

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mardi 29 décembre.

  • Mackinnon et Conway, sont remis aux Allemands et transférés à Bordeaux où ils retrouvent Laver et Mills.

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Mercredi 6 janvier 1943.

  • Prise en compte par le réseau d’évasion, départ en bicyclette de Hasler et Sparks ;
  • ils sont guidés jusqu’à Roumazières (environ 40 km SE de Ruffec, en direction de Limoges) ;
  • Ils sont conduits à Lyon, de nuit, en train.

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Jeudi 7 janvier.

  • Au lever du jour, arrivée à Lyon ;
  • Contact avec "Marie-Claire", agent du MI 9 [6] ;
  • Fabrication de faux-papiers, Hasler prépare un message codé pour Londres afin de rendre compte de la mission (il chiffre sans trop se souvenir du code) ;
  • Cache de plusieurs jours dans différents appartements de Lyon.

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Début janvier (date imprécise) Mackinnon, Conway, Laver et Mills sont tranférés à Paris pour y être interrogés par des "moyens lourds".

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A la mi-janvier , Hasler et Sparks sont conduits, en train, à Marseille.

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Le major Hasler, dit "Blondie"

photographié ici en Espagne, peu avant son retour en Angleterre. Il terminera sa carrière militaire en 1947, avec le grade de lieutenant-colonel et décédera
le 5 mai 1987.

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Le 25 janvier 1943 , le commandement des opérations combinées, qui n’a aucune nouvelle du commando, annonce officiellement sa disparition totale, ceci notamment au regard des familles qui sont sans nouvelles depuis leur départ.

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Fin février , réception à Londres d’un message en provenance de Suisse et émanant d’un agent des services secrets britanniques en France, déchiffrement chanceux de ce message, c’est celui d’Hasler.

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Hasler et Sparks restent cachés jusqu’au 1er mars à Marseille, date à laquelle des Résistants les conduisent en train jusqu’à Perpignan.

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Transport en camion vers la montagne, au-delà de Céret.

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Nuit du 3 au 4 mars, passage de la frontière franco-espagnole par les Pyrénées.

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Déplacement en camion vers Barcelone, arrivée au Consulat anglais.

Selon le souhait du patron des opérations combinées, le major Hasler doit rentrer au plus vite en Angleterre, il se sépare alors du marine Sparks qui va mettre davantage de temps à rentrer en utilisant la voie maritime.

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Le mardi 23 mars , exécution de Mackinon, Conway, Laver et Mills quelque part à Paris, on ne retrouvera aucune trace de leur corps et les Allemands annonceront qu’ils ont été trouvés noyés dans le port de Bordeaux.

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Après un passage par Madrid, Hasler est conduit en voiture à Gibraltar où il arrive le jeudi 1er avril, après une odyssée de plus de 3500 km. Il sera rapatrié en Angleterre par avion.

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Le 3 mai , les services de renseignement communiquent : les cargos Alabama, Tannenfels, Dresden et Portland sérieusement endommagés sont en cours de réparation à Bordeaux (soit un taux de réussite de l’opération de 33 %, à noter que l’on ne possède aucune nouvelle sur le pétrolier et le dragueur de mines). Le cargo Alabama ne pourra pas être réparé, il sera remorqué jusqu’à Blaye et amarré le long de l’île Nouvelle au lieu dit "la fosse de l’île sans pain" où il sera restitué à l’État français.

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William, Edward SPARKS, dit "Bill"

Bill était le dernier survivant de l’opération Frankton, le voici lors d’une commémoration au milieu des années 90. Il est décédé le 1er décembre 2002.

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Épilogue.

Au cours de la seconde guerre mondiale, le principe de l’opération Frankton (infiltration et exfiltration d’un commando en kayak) sera une nouvelle fois utilisé de l’autre côté du globe, en septembre 43, au cours de l’opération "Jairwick". Lors de cette action, les hommes du SOA (Spécial Opérations Australia) attaqueront avec succès des cargos japonais au mouillage dans le port de Singapour, à plus de 3000 km des côtes australiennes, envoyant par le fond sept d’entre eux, soit prés de 39 000 T.

Fort de ce succès, en octobre 44, le même commando mènera une opération similaire, mais de plus grande envergure, toujours contre les cargos japonais de Singapour (opération "Rimau") . Hélas, cette fois-ci ce sera un échec complet et tous les membres du commando périront, dont dix par décapitation, à moins d’un mois de la fin de la guerre.

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Notes

[1Pendant les années 1941 et 1942, 24 % de l’approvisionnement du Reich arrivera à Bordeaux, transportés par des cargos allemands, ce qui représente environ 114 000 t de marchandises. Le caoutchouc naturel, indispensable aux usines d’armement, représentait 45 000 t de ce total, ce qui couvrira la quasi-totalité des besoins de l’industrie de guerre allemande jusqu’en 1945...

[2Le RMPBD est l’ancêtre de l’actuel SBS (Special Boat Service), l’une des composantes des forces spéciales britanniques.

[3Les dimensions exactes des kayaks utilisés pour l’opération Frankton sont sujettes à caution : pour les uns, ils mesuraient 4,80 m de long, pour d’autres 4,32 m... Il est fort probable que plusieurs modèles aient été construits, comme cela est souvent le cas pour des productions artisanales destinées aux forces spéciales…
A ce sujet, il convient de citer l’excellent travail réalisé par une association de Parempuyre (http://www.caruso33.net/musee-parempuyre.html) qui s’est attachée à reconstituer un kayak Cockle Mk 2 selon des plans originaux (voir image ci-dessous)

[4L’entrée de la Gironde compte parmi les endroits les plus dangereux des côtes françaises pour trois raisons qui interagissent l’une sur l’autre : d’une part, la topographie des fonds marins ; d’autre part, l’influence des courants de marée et enfin les conditions météorologiques.
Tout d’abord il y a l’îlot rocheux de Cordouan. Situé en mer, à 11 km de la pointe du Chay (Royan) et à 9 km de la pointe de Grave, dont une partie seulement émerge à marée basse et qui masque de nombreux bancs de sable de faible profondeur. Au Nord, ce sont les bancs du Matelier, de la Coubre, de la Mauvaise et de Montrevel et au Sud le banc des Olives, du Chevrier, du Gros Terrier et enfin le Platin de Grave.
Ensuite il y a les courants dont on peut imaginer la puissance phénoménale en considérant les masses liquides qui s’affrontent deux fois par jour. Durant les 6 heures de flot (marée montante) 300 à 600 milliards de mètres cubes d’eau salée pénètrent dans l’estuaire par les 5 km qui séparent Royan de la pointe de Grave, alors que 20 à 50 milliards de mètres cubes d’eau douce veulent en sortir…
Enfin, il y a la météo : pour peu que le vent se lève avec la marée, la houle du large se gonfle encore davantage qu’à l’accoutumée à l’approche des hauts fonds. A leur verticale, elle se dresse et fait courir, dans un bruit assourdissant, d’énormes déferlantes pouvant atteindre plusieurs mètres de haut. Leur puissance est capable de mettre en travers et de retourner les bateaux qu’elle trouve sur son chemin…
Les nombreuses épaves ensablées figurant sur les cartes marines témoignent du nombre de marins tombés dans le piège des hauts-fonds. Il est étonnant que dans le cadre de la préparation de l’opération Frankton, le major Hasler n’ait pas été averti des difficultés de navigation pour pénétrer dans la Gironde... Ce déficit d’information est probablement dû au secret qui a entouré l’opération...

[5Après de nombreuses péripéties, les Allemands viendront perquisitionner Beaunac le 22 décembre et procèderont à six arrestations. Le 31 décembre, trois hommes seront libérés, quant aux trois autres, ils seront déportés et y laisseront la vie.

[6Dépendant des services secrets, le MI 9 était plus particulièrement chargé de rapatrier en Angleterre les pilotes abattus ou les agents devant y retourner pour différentes raisons. C’était donc un service chargé de l’exfiltration de France.



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