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La renaissance du verrou de l’estuaire 200 ans après sa création

L’histoire du verrou de l’estuaire est relativement récente.
Elle débute à la fin du 17ème, quand Vauban parvient à faire croiser les feux de son artillerie par dessus la Gironde, et va se poursuivre jusqu’en 1814, date à laquelle les navires anglais bombarderont Blaye pour obtenir la capitulation des occupants de la citadelle fidèles à l’empereur.
Ensuite ce sera le déclin, tout au long du 19ème siècle, pour parvenir à la disparition totale en 1887.
Puis, au tournant du 19ème et du 20ème siècle, voilà que l’on réarme soudain le verrou, en reprenant les mêmes emplacements que ceux de Vauban quelques 200 ans plus tôt...

Déclassée en tant que place forte en 1887, la citadelle de Blaye se retrouve dès lors simple garnison de l’un des trois bataillons du 144ème Régiment d’Infanterie (poste de commandement + un bataillon à Bordeaux, le troisième à Royan).

De fait, le verrou de l’estuaire créé par Vauban à la fin du 17ème siècle disparaît en tant que tel.

Quelques années plus tard, survient la crise de Fachoda. Les autorités se rendent alors compte que l’on est passé à deux doigts d’une guerre navale que personne n’avait songé à préparer… De l’avis unanime notre flotte se trouvait impuissante à soutenir nos prétentions vis-à-vis de l’Angleterre qui applique, depuis 1890, le principe du "Two Powers Standard", selon lequel le tonnage cuirassé de la Navy doit dépasser celui des deux flottes suivantes réunies.

En réaction à ce constat, la décision est prise de renforcer la défense des côtes qui a été le parent pauvre du système défensif de la France élaboré quelques 20 ans plus tôt par le général Séré de Rivière.

Pour l’estuaire de la Gironde, cela se traduit par la création de la deuxième ligne de défense, initialement prévue, mais abandonnée et jamais construite pour des raisons essentiellement financières.

Les travaux sont réalisés au tournant du siècle, soit globalement quelques 200 ans après ceux ordonnés par Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban, exactement aux mêmes emplacements.

Destinés à accueillir des batteries dites "de bombardement", ils sont entrepris à la fois dans la citadelle de Blaye, mais également à fort Pâté et au fort Médoc. Toutefois l’élément clé du dispositif sera une fois encore Blaye.
Vue générale

Dans la citadelle sont installées :

  • une batterie de 19 c à 6 pièces, en deux sections de tir (l’une de 4, l’autre de 2 pièces) ;
  • une batterie de 95 mm à 4 pièces ;
  • une batterie de tir rapide de 2 pièces de 47.

Fort Pâté et fort Médoc reçoivent, quant à eux, chacun une batterie de 95 à 4 pièces.

De toutes ces installations nouvelles, celles de la citadelle de Blaye apparaissent de loin comme les plus intéressantes, notamment par le fait qu’elles sont uniques dans tout le Sud-Ouest.

En effet, outre les équipements de surface, dont certains sont encore aujourd’hui dans un état de conservation tout à fait exceptionnel, l’on y découvre des aménagements souterrains qui sont un exemple rarissime d’adaptation d’installations civiles à des fins militaires !

L’explication est simple : au cours du 19ème siècle, des carrières de pierre ont été exploitées sous la citadelle, comme dans bien d’autres endroits de la Gironde où l’on compte plus de 1400 carrières de ce type… L’intelligence du service du génie, maître d’œuvre de ces travaux, a été de mettre à profit ces galeries souterraines pour construire, au moindre coût, ce que l’on connaît sous le terme générique de “magasin caverne” ou “magasin sous roc”.

Batterie TR

Concrètement, les galeries situées à la verticale de l’emplacement des batteries ont été cloisonnées par des murs maçonnés, de manière à former les espaces dont avaient besoin les artificiers de l’époque pour travailler à l’abri des projectiles modernes (magasin à poudre, atelier de chargement, salle de manœuvre). Il suffisait ensuite de forer un puits au bon endroit et d’installer un monte-charge pour que les munitions et les artifices nécessaires au tir parviennent rapidement aux pièces.

Batterie de 95

A l’entrée des différentes salles souterraines des batteries de 19 et de 95, l’on observe la présence d’un créneau de lampe qui constituait, à l’époque, le dispositif d’éclairage normal de ce type d’installations.

Batterie de 19c

A ce jour, seuls les vestiges des installations de surface de la batterie de 19 c sont accessibles aux visiteurs. Les autres installations de surface sont visibles depuis les remparts, mais non accessibles : c’est d’ailleurs ce qui explique leur excellent état de conservation.

Quant aux installations souterraines elles sont interdites au public.

Remarques :

  • 2 - l’auteur de cet article n’a pas souhaité fournir de détails quant aux caractéristiques techniques de ces batteries ou à l’histoire des canons qui les équipaient, d’autres l’ayant fait avant lui et de fort belle manière. Pour tous ceux qui sont intéressés nous ne pouvons que conseiller un ouvrage particulièrement clair et précis, écrit par un expert reconnu du genre : le Général Guy FRANÇOIS.
    Il s’agit du “tome 3 - l’artillerie de côte et l’artillerie de tranchée”, de la série “Les canons de la victoire 1914-1918”, aux éditions “histoire & collections” ; 5, avenue de la République 75541 – Paris cedex 11. (Tél. 01.40.21.18.20 ; Fax. 01.47.00.51.11). Prix du volume : 16 €.



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