Accueil > Documentation > Conférences > Conférence "La naissance et le développement de l’esprit de défense"

Conférence "La naissance et le développement de l’esprit de défense"

par M. Jean-Pierre BIOT, grand reporter à Paris Match

  • Samedi 26 mai 2007 15:00 - Maison du vin de Blaye

L’histoire de la défense peut se résumer entre la lutte de l’épée et du bouclier.

Dès qu’un homme eut inventé l’épée, un autre dut inventer le bouclier. À chaque fois que l’épée grandit, le bouclier doit être renforcé. Il en fut ainsi hier, il en est ainsi aujourd’hui, il en serait ainsi demain et même après-demain, si d’ici là nous n’avons pas détruit notre planète.
Car la guerre fait complètement partie de l’histoire du passé, du présent et du futur de l’humanité.

Dans un couple, une entreprise, un état, lorsqu’un élément subit une contrainte qui lui semble insupportable, il ne lui reste plus qu’une solution : la guerre. Des parents qui divorcent dans la colère seraient prêts à partager leur enfant en deux pour en priver leur ancien conjoint.
Et puis les hommes n’ont jamais cessé de se battre
pour leurs passions, leurs religions, leurs
idéologies, leur indépendance, ou leurs intérêts. Et quand un pays domine ses voisins par son peuplement et sa puissance, il n’a de cesse de les conquérir. Les exemples sont nombreux dans toutes les civilisations, à toutes les époques. C’est une loi
universelle.

Une candidate à la dernière élection présidentielle répondait à une question d’un journaliste, que n’ayant pas d’ennemis déclarés à nos frontières,
nous n’avions pas besoin d’investir dans un deuxième porte-avions.
C’est oublier que sur les 192 pays composant l’ONU,
156 sont riverains de la France et que 98% de nos échanges commerciaux s’effectuent par la mer. Il est donc absolument indispensable de protéger nos approvisionnements.
Un porte-avions comme le « Charles De Gaulle » est un ensemble de système d’armes redoutables avec son groupe escorte qui peut opérer sur n’importe quelle mer du globe hors des eaux territoriales sans avoir à demander d’autorisations : exemple aujourd’hui les missions du PA en Afghanistan.

Il a fallu 5 années pour le concevoir, 8 ans pour le construire, 3 ans pour l’essayer à la mer et il aura une durée d’activité d’au moins 40 ans.
Un demi-siècle de souveraineté à la mer ! Et si pendant ce temps-là, d’autres pays émergents d’Amérique du Sud, d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’Asie venaient à se doter d’armement de destructions de capacités encore inconnues, comment ferions-nous face à ces nouveaux défis en ayant abandonné notre savoir faire et les progrès technologiques qui vont avec.

En révision pour 18 mois (changement des deux cœurs nucléaires et des deux hélices), nous n’aurons pas durant cette période de 2°Pa pour assurer la continuité à la mer, alors que 4 porte avions semblent nécessaires au dire même des experts des grandes puissances maritimes.

Raisonnement et réflexion identique de cette candidate pour le char Leclerc de 56 Tonnes. Inutile disait-elle, pour lutter contre le terrorisme. Oui mais s’il n’y a pas de menaces à nos frontières, il n’y a pas de frontières aux menaces. Voir en Asie, en Afrique et même en Centre Europe.

Je sais bien que l’idéal, comme le préconisait cinq siècles avant Jésus-Christ le stratège chinois Sun Tzu, est de pouvoir soumettre l’ennemi sans combat. Au besoin par la duperie et le mensonge. Mais nous sommes loin de cette sage et immorale stratégie. Je vois aussi que l’on voudrait réglementer la guerre par des décisions prise à l’Onu ou encore par l’application partout dans le monde des Droits de l’Homme. Je doute que l’on puisse y arriver pour 2 raisons.

- 1/ On ne peut pas forcer la volonté des peuples. On le voit actuellement dans de nombreux pays.
- 2/ Les guerres sont de plus en plus violentes.

En 1945 à Nagasaki et Hiroshima les deux bombes atomique causèrent la mort de 260 00 japonais. Soixante plus tard, au Rwanda, la machette, quelques euros dans les grandes surfaces d’Afrique, massacra plus d’un million de personnes.

La guerre est finalement devenue plus simple aujourd’hui. Il n’est plus besoin de chercher à occuper un territoire adverse. Pour cela il fallait allonger ses lignes de projection, les rendant ainsi plus vulnérables. Il fallait en outre mobiliser de nombreuses et fortes troupes pour tenir le terrain de l’adversaire. On voit aujourd’hui ce qu’il en coûte aux États-Unis en Irak.

La longue portée des armes modernes de toutes sortes, missiles, guerre électronique, etc.… permettent de détruire ou de contrôler les infrastructures d’un pays ennemi à partir de bases sécurisées, loin des objectifs à atteindre. Il n’y a donc plus de ligne de front nettement définie. Les civils font aujourd’hui partie du champ de bataille.

À la fin de la dernière guerre mondiale, pour la première fois, les bombardements de Dresde, et du Japon furent justifiés par les pertes qu’auraient subies les troupes alliées devant la résistance ennemie. Ce qui veut dire que l’on sacrifiait des civils pour épargner des soldats.

Depuis le dernier conflit mondial, il n’y eut plus de déclaration de guerre officielle entre deux pays. Sauf une fois entre le Paraguay et l’Uruguay, avec rappel des ambassadeurs, chars, avions, bombardements, occupation de l’Uruguay pour quelques jours, en raison d’un penalty contesté lors d’un match de football. Mais par grandes nations interposées, les luttes n’ont jamais cessé et le nombre de victimes civiles est devenu innombrable.

Maintenant remontons l’histoire pour comprendre comment s’étaient constitué les sociétés.

L’homme préhistorique vit en nomade, il se déplace difficilement dans une nature hostile, sans grand moyen pour se nourrir ou se défendre contre toutes sortes de prédateurs. Un jour, il fait la plus grand
découverte de l’histoire des hommes : Le Feu. Probablement provoqué par un orage, ou un effet loupe. Comme il n’est pas encore capable de le rallumer si cette formidable découverte s’éteint, il doit se réfugier dans une grotte. Et là se crée une petite collectivité d’hommes et de femmes qui vont vite devenir un clan plus ou moins important. Comme il n’y a pas de société sans loi, il faut organiser la vie du groupe. Groupe où naturellement il a quelques meneurs dont l’autorité et dont les raisons d’être des chefs sont contestées par les « suiveurs ». Aussi, les plus astucieux inventent une divinité et prétendent que c’est elle qui fixe le règlement sous peine des pires châtiments. On peut dire ainsi que le premier fondateur d’une société est le prêtre. Mais comme ses habitants ne peuvent plus aller très loin pour se nourrir, il leur faut inventer les rudiments de l’agriculture et confier ce travail à ceux qui devront nourrir le groupe. Le paysan sera donc le deuxième support de la nouvelle société. Et pour protéger les occupants de la grotte, des hommes seront désignés pour remplir cette mission. Le troisième pilier sera donc le soldat.

Cela sera le même schéma dans toutes les civilisations du monde et à toutes les époques.

Un jour, l’homme prend conscience de la mort. il enterre ses morts. La première sépulture connue, se trouve à la Chapelle aux Saints en Corrèze. Elle date de 45 000 ans environ. Il a alors conscience d’appartenir à une communauté, à une fratrie, en somme c’est la naissance du patriotisme à un groupe d’individus ayant une culture et des intérêts communs

La grande interrogation qu’il va rapidement se poser concerne sa propre mort. Que se passe-t-il après ? Deux réponses, deux pensées différentes.

D’abord la religion. Elle donne l’espoir d’une autre vie meilleure dans l’au-delà ou dans une réincarnation plus forte.

Puis viendra la philosophie, notamment le stoïcisme des Grecs (Zénon, Sénèque, Épictète) Elle tend à supprimer la crainte de cette échéance inéluctable par le raisonnement. « Il faut savoir s’accommoder des choses qui ne dépendent pas de nous ».

Ainsi depuis 100 000 ans, dans les frontières actuelles de la France, nous marchons aujourd’hui sur une terre artificielle constituée par 20 milliards de morts – aujourd’hui le globe compte 6 milliards d’hommes. Les vignobles du Médoc prospèrent sur un véritable compost de produits humains.

Continuons le voyage à grandes enjambées pour arriver au début du Moyen Age.

Les Romains viennent de quitter la Gaule. Ils n’y ont pas laissé que des bons vins à Saint Émilion ou ailleurs en France. Ils ont aussi modernisé l’important réseau routier qu’avaient construit les Gaulois. Les légions s’y déplacent à pied portant une charge individuelle de 25 à 40 kg, à raison d’une trentaine de kilomètres par jour. Leur rythme est d’une heure de marche soit 2 lieues (entre 4 et 5 Kms), puis une pause 10 à 15 minutes. Toujours aux mêmes endroits. Les Gaulois se sont habitués à venir régulièrement ravitailler ces grands marcheurs. À faire un peu de commerce avec eux. Ils s’établissent durablement à l’endroit des haltes. Ainsi se créent la plupart des villages de France, séparés de 4, 5 kilomètres aujourd’hui encore. Au moins le long des axes romains.
Mais les conditions de vie sont difficiles et dangereuses. Les loups, les ours sont des animaux dangereux qui viennent rôder jusqu’aux lisières des habitations et malheur aux chiens, voire aux jeunes enfants. Il y a aussi les pillards. Une fois encore le vieux réflexe préhistorique se manifeste. Les villageois se réunissent et supplient le plus fort d’entre eux de les protéger. « Bien, leur dit celui-ci, je vais agrandir et renforcer ma cabane, puis construire tout autour une grande palissade à l’intérieur de laquelle vous viendrez vous mettre à l’abri quand vous serez menacés. Mais pendant ce temps-là, je n’aurai pas le temps de m’occuper de mes affaires et de ma famille. Il faudra donc que vous vous occupiez de mes champs et que vous me donniez les moyens de vous défendre ». C’était la naissance de la féodalité. Et au gré du temps et des évènements de grandes féodalités se constituèrent. En guerre entre elles la plupart du temps et contre un des leurs qui est devenu le Roi de France.

À cette époque, son royaume n’est guère plus grand que l’Ile de France aujourd’hui. Par leur volonté politique d’agrandir leur domaine, par intelligence, entreprise militaires, mariages, parfois par traîtrise, ils réussiront à agrandir leur royaume. Il leur faudra aussi neutraliser leurs « cousins », les nobles provinciaux en les faisant venir à Versailles. Ces derniers garderont ainsi leurs privilèges, mais ils auront abandonné les charges qui les justifiaient. Le mécontentement grossira dans le Tiers État qui un certain 14 juillet 1789 se révoltera. Les évènements aidant, le patriotisme royal sera remplacé par le patriotisme national. L’Europe entière se ligue contre nous. La Convention décrète la levée en masse. « Les désignés Volontaires » viennent de toute la France. Mais la guerre est un métier. L’enthousiasme n’y suffit pas toujours. Il y a de nombreux déserteurs. Ils seront impitoyablement fusillés pour sabotage de la révolution et de la liberté du peuple devenu souverain. Depuis 1792 tous les gouvernements successifs, royautés, empires, républiques ont légiféré sur cette sanction radicale dans un sens de plus en plus répressif contre toute faiblesse au feu devant l’ennemi pour éviter les exemples fâcheux pour le courage des sans culottes hier, des mobilisés par la suite.

Aujourd’hui encore, le terme approprié dans l’Armée Française pour une troupe en campagne, dans ces cas de figure, est la « contrainte à l’obéissance ».

Mais la période la plus caractéristique, entrée dans notre mémoire collective reste celle de la guerre 14/18.
2400 condamnations à mort. 600 fusillés pour refus d’obéissance, désertion au feu, ou pour l’exemple. Entre août et septembre 1914, 130 soldats furent passés par les armes après le jugement d’un tribunal militaire. L’ordre d’exécution était signé par le Président de la République Raymond Poincaré. Les pacifistes de l’époque définissaient la Ligne de Front, comme étant la ligne qui séparait les obusiers allemands des fusils des gendarmes.

Pendant l’été 1939, les « congés payés », conquête de 1936, occupaient davantage l’esprit des Français que l’esprit de défense, peu ancré dans l’opinion du fait du pacifisme ambiant d’avant-guerre. Les crédits réservés par le Front Populaire aux Forces Armées étaient insuffisants. Il fallut qu’un Ministre de Gauche Jean Say arrive difficilement à convaincre ses collègues du gouvernement d’ouvrir un peu les cordons de la bourse. Mais il était déjà trop tard. Ajouter à cela l’incurie de nombreux chefs militaires, le résultat ne se fit pas attendre. Six semaines de combats, 100000 morts, un chaos inimaginable et l’occupation de la France pendant quatre ans.

On connaît la suite grâce aux courages des résistants, à leur souffrance, et aussi à nos forces reconstituées en Afrique du Nord. Sans bien sur oublier l’apport décisif de nos Alliés Américains et Anglais.

Aujourd’hui la mission de nos armées est de savoir et pouvoir faire face à toutes les situations tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de nos frontières. Elles doivent être en mesure de protéger nos concitoyens et nos ressortissants, de maintenir ou de rétablir une situation de paix, éventuellement par la coercition tout en maîtrisant la violence. .

Dans ce dessein, elle dispose de 360 000 femmes et hommes. 105.000 gendarmes, 135.000 terriens, 65 000 aviateurs, et 55 000 marins. Elle bénéficiera cette année de 47,7 milliards d’euros, soit 1,70% de son PIB. C’est vrai cela semble insuffisant pour nos ambitions, mais cela nous met à la 3è place des grandes nations.

Ce budget est relativement bien accepté par la population puisque, 87% de Français ont une opinion favorable de nos armées.

Équipements de nos armées :

- Terre : 425 chars lourds (240 Leclerc) – 350 chars légers – 600 véhicules d’infanterie – 176 canons de 155 - 54 lances roquettes – et 180 Hélicoptères

- Aviation : 500 aéronefs (330 avions de combat dont 25 avions Rafales)

- Marine : 146 bâtiments représentant un tonnage de 307 000 tonnes
4 sous-marins lanceurs d’engins (dont 3 de nouvelle génération), 162 aéronefs dont 12 Rafales pouvant être embarqués)




Version imprimable de cet article Version imprimable

Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette