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Présentation de la garnison de Blaye en 1902.

Au siècle dernier, chaque régiment présentait les garnisons dans lesquelles il stationnait et l’ensemble constituait un "annuaire des garnisons" destiné principalement aux officiers qui avaient la possibilité de choisir leur affectation.

L’article présentant la garnison de Blaye nous est parvenu grâce à Simon Ado, professeur d’histoire originaire de Saint-Ciers sur Gironde, et auteur d’un master remarqué sur la citadelle en 2013 (http://www.vieuxblaye.fr/spip.php?article79).

Nous le reproduisons in extenso de manière à ce que les Blayais se rendent compte de la manière dont leur ville était perçue par la communauté militaire au tout début du XXème siècle.

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Le 144.

Cette "image" était distribuée aux soldats pour résumer les faits d’armes du régiment. Chaque régiment avait une présentation du même type.

BLAYE

144ème régiment d’Infanterie

Garnison.
La garnison comprend un bataillon du 144ème relevé tous les deux ans. Quelques hommes sont détachés au fort Pâté, bâti sur un îlot, au milieu de la rivière.

Description.
Blaye (Blavia militaria, station militaire établie par les Romains), est aujourd’hui un chef-lieu d’arrondissement de la Gironde.
La ville elle-même n’offre guère de curiosités ; on peut cependant citer l’hôpital civil et militaire, les cours de l’Hôtel de ville et de la Fontaine, surtout le cour du Quai, bien ombragé, d’où l’on découvre de beaux points de vue sur la Gironde.
La citadelle mérite une mention particulière : bâtie près du fleuve sur un roc escarpé dominant la ville, elle se composait autrefois d’un château défendu par d’énormes tours ; elle est maintenant entourée de fortifications que fit construire Vauban en 1689. On y voit encore le tombeau de Caribert, roi de Toulouse, fils de Clotaire II (R1) et les appartements où fut détenue la duchesse de Berry en 1832. La caserne se trouve dans la citadelle.

Moyens de communication.
La ville communique avec Bordeaux par la voie ferrée et par la Gironde. La durée de trajet en chemin de fer est de deux heures environ, en bateau de trois heures.
Malheureusement les trains sont peu nombreux [1] et le bateau de Royan-Bordeaux qui dessert la ville ne passe qu’une fois par jour.
Un embranchement part encore de Blaye et va rejoindre Saint-Mariens où passe la grande ligne Bordeaux-Nantes.

Alimentation.
Le prix des vivres est modéré, les pensions sont bonnes à 80 francs pour les lieutenants et 90 francs pour les capitaines (R2).

Logement.
Les logements pour célibataire se louent au prix moyen de 30 francs. Ceux des officiers mariés au prix de 80 à 100 francs [2].

Industrie et commerce.
Blaye a une industrie assez florissante : on y trouve des fabriques de toiles, d’étoffes, des distilleries, des chantiers de construction de navires.
Le commerce y est très actif, il consiste en vins, eaux de vie, noix, huile, pommes, bois de construction pour la marine.
Le port est avantageusement situé sur la Gironde, large à cet endroit d’un peu moins de 4 kilomètres, fréquentée par de nombreux cotres. Il reçoit parfois de gros navires qui viennent compléter leur chargement.

Enseignement.
Blaye possède un collège et plusieurs écoles communales laïques, d’autres dirigées par les frères de la doctrine chrétienne et les Sœurs de l’hospice (R3).

Culte.
La ville ne possède qu’une église paroissiale.

Distractions.
En dehors des relations mondaines, qui sont agréables et nombreuses, les officiers ne trouvent aucune distraction. Le pays est couvert de vignes.

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Appel des permissionnaires.

Cet appel a lieu dans la citadelle, rue Montmirail, devenue aujourd’hui rue du 144ème RI.

Remarques.

R1. Cette affirmation est assez surprenante. En effet, le rédacteur de ce document met en exergue le tombeau de Caribert alors qu’il ignore celui de Roland, le neveu de Charlemagne, qui semble pourtant mieux connu.
Par ailleurs, on se demande bien comment il était possible "de voir" ledit tombeau en 1902, alors qu’il a été très vraisemblablement détruit par les protestants au 16ème siècle et que de tout manière la basilique St Romain, nécropole des rois Mérovingiens d’Aquitaine, ou tout du moins ce qu’il restait, était enfouie sous le glacis de la citadelle.
Les travaux de fouilles archéologiques qui mirent à jour ses fondations ne débutèrent qu’en 1969.

R2. Compte tenu de l’érosion monétaire due à l’inflation, le pouvoir d’achat de 1,00 ancien franc en 1902 équivaut à peu près à celui de 3,9 Euros d’aujourd’hui (2018). Partant de là, on constate que :
- le prix d’une pension pour un lieutenant équivaut à : 312 € (un lieutenant ancien gagnait alors à peu près 225 F par mois, ce qui représente environ 880 €) ;
- le prix d’une pension pour un capitaine équivaut à 351 € (un capitaine gagnait aux environs de 350 F par mois, ce qui représente 1365 €) ;
- le prix d’une chambre (meublée d’un lit, d’une armoire, d’une table et d’une chaise) coutait environ 117 € pour un célibataire ;
- un appartement pour un couple coutait : entre 312 et 390 €.
Enfin, un colonel gagnait en 1902 environ 680 F, soit 2650 € par mois.

R3. S’agissant de l’enseignement, la situation à Blaye en 1902 était la suivante :
- une école rue de l’Hôpital, tenue par les "filles de la Charité" ;
- des classes du collège, de la 11ème à la 7ème , intégrée dans le collège (futur lycée Jauffré Rudel) ;
- une école Sainte Marie, à l’emplacement actuel du collège Jeanne d’Arc (elle fermera 1904, suite à la laïcisation des tenues enseignantes) ;
- une salle d’asile (ancêtre de la maternelle, surtout pour des enfants en difficulté familiale), tenue par les Sœurs de Saint-Vincent de Paul, près de l’hôpital ;
- une école privée de fille, catholique, Jeanne d’Arc, située près du lycée actuel ;
- une école laïque communale de garçons située rue Grosperrin ;
- une école privée catholique de garçons, Saint Romain, avenue Paul Tardy (ancienne avenue Saint Romain) ;
- une école publique de filles, rue Urbain Albouy (ancienne rue du Télégraphe).

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Décoration du drapeau du 144ème RI en 1917.

La prise d’arme a lieu sur la place principale du village. On notera l’état de délabrement du drapeau, ce qui était chose courante pendant la Grange Guerre.


Notes

[1En 1902, trois par jours circulent entre Bordeaux et Blaye.

[2Il s’agit là de loyers mensuels.



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